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Full text of "Discours prononcé au treizième anniversaire de la fondation de la pépinière royale de médecine et de chirurgie à Berlin, le 2 août 1807"

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Quel est le véritable but des instituts 

DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE? OuEL 
mode d’enseignement doit-on 
Y SUIVRE? 


DISCOURS 

PRONONCÉ 

AU TREIZIÈME ANNIVERSAIRE 

DE 

la fondation 

DE 

LÀ- PÉPINIÈRE ROYALE DE MÉDECINE 
ET DE CHIRURGIE 

À BERLIN 

le 2 A DÛ T 1 8 o 7 

r ah 

t.T?. D. Auguste Frédéric Hecker, 

Conseiller aulique au service de' S. M. le Roi de Prusse. 
Professeur de Pathologie et de Séméiotique au Collège, royal 
de Médecine et de Chirurgie, et membre de la Com¬ 
mission supérieure des examens en Méde¬ 
cine et Chirurgie. 


À Berlin, 

chez Frédéric Maure r. 


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^Lorsque l’annee dernière à pareil jour nous ce* 
lébrions la fondation de cette école de méde¬ 
cine et de chirurgie, nous étions tous animés 
de la douce espérance, que ce jour reluiroit 
de nouveau pour nous cette année sous des au¬ 
spices tout aussi heureux. Mais en jettant un 
coup d’œil sur cette période de notre existence 
qui vient de s’écouler, et les événemens qui la 
marquèrent, avons-nous lieu de nous réjouir? 
l’avenir se présente- t - il à nous sous des images 
bien riantes? ou ne devons-nous pas plutôt être 
vivement émus de toutes les révolutions dont 
nous sommes témoins, et engagés à faire de sé¬ 
rieuses réflexions Sur le sérieux de la vie? 

Le sceptre de fer de Bellone qui a ébranlé 
l’univers depuis les colonnes d’Hercule jusqu’aux 
extrémités du Nord, depuis les embouchures du 
Nil jusqu’à la Tamise, a aussi exercé ses ravages 
dans nos climats. Le sort à qui rien ne résiste, 
qui change sans cesse les formes des états et des 
peuples, qui a fait briller l’Orient, la Grèce, Ro¬ 
me et tant d’autres nations * et les a anéanties de 
nouveau, le sort, qui semblable à la nature, qui 
détruit et crée tour à tour, élève les états et les 
abaisse, bâtit ies trônes et les renverse, nous a 
fait aussi sentir sa puissance redoutable, ü a semé 
dans les formes de l’Europe ébranlée, les germes 
d’où naiira le bonheur des générations futures. 



Mais c’est au teins à les développer, c’est à eux 
que nos neveux devront un jour une existence 
fortunée, dont nous ne voyons que les princi¬ 
pes; nous ne pouvons être que les témoins du 
commencement de nouvelles créations, qui dàns 
le monde moral comme dans le monde physi¬ 
que, résultent toujours des révolutions destructri¬ 
ces qui les précédèrent. Voilà les réflexions sé¬ 
rieuses qui doivent se mêler à la joie qui nous 
anime dans ce jour. Soumettons-nous avec ré¬ 
signation aux coups dont il plait au sort de nous, 
frapper,- et consolons - nous par le doux espoir du 
bien qui en résultera si non pour nous, du moins 
pour la postérité. 

Et comment ne serions-nous pas émus à l’idée, 
qu’il n’est pas encore au milieu de nous, ce Sou-) 
verain cher à nos. cœurs, sous la protection duquel 
l’on vo'yoit notte institut croître et prospérer d’a¬ 
vantage de jour en jour? Ou sont les personnes de 
la famille de nos rois, où. sont les premiers hom-.' 
mes de l’état, les protecteurs et les soutiens de: 
cette école, que nous avions toujours le bonheur; 
de voir honorer ce jour de leur présence? Pour¬ 
quoi ceux, sous les auspices desquels nous ai¬ 
mions à remplir nos devoirs comme maîtres ou> 
comme élèves, tardent-ils si long-tems à pà-" 
roître au milieu de nous? Qtiel Uialheureux sort» 
nous sépare encore, du respectable directeur de 
cet établissement, que .nous embrassions tous 
dans ce jour avec des étreintes religieuses, lui,: 
auquel nous avons voué notre respect, notre ré-: 
connoissance et notre amour. / 

Gui ne verseroit pas encore des larmes de 
regrets et d’amitié sur les deux hommes estima¬ 
bles, que la mort nous a enlevés, durant cette 
année, et dont les exemples et les leçons vivront 



à jamais dans notre souvenir! Puissent leurs 
cendres reposer en paix* 

Cependant au milieu de tous ces sujets dՎ 
motion ou de réflexions sérieuses, qui pourroient 
venir troubler aujourd’hui notre joie, ce n’est 
pas une fête de deuil, c ? est une fête d’allégresse 
et d’espérances que nous voulons, que nous pou¬ 
vons célébrer dans ce jour. 

Nous remercierons d’abord la Providence 
d'avoir conservé cet établissement sans interrup¬ 
tion, au moment où tant d’autres ont été les tri¬ 
stes victimes des suites inévitables de la guerre. 
Nous-avons continué nos opérations au milieu 
•des troubles de la guerre comme si nous étions 
au milieu du calme de la paix. Ceux que nous 
nommions nos ennemis, convaincus que les scien¬ 
ces n’apartiennent ni à la guerre ni aux intérêts 
politiques qui divisent les nations , mais à l’hu¬ 
manité entière, ont estimé, ont respecté, ont 
soutenu cette école au-delà de toutes nos espé¬ 
rances. Les premiers officiers de santé" de l’ar¬ 
mée françoise, ces hommes respectables.dont l’art 
et l’humanité, inscriront également les noms dans 
leurs annales,-ies Percy, les Coste nous ont honoré 
de leur bienveillante approbation. Notre art qui 
ne borne jamais ses bienfaits, ni à une nation, ni 
à un état, a travaillé avec le même zèle et les 
mêmes succès à vuérir les blessures que la guerre 
fit à nos soldats et à ceux des autres peuples. 
Nous avons la. douce satisfaction d’entendre les 
François et les Allemands, les Russes et les Sué¬ 
dois vanter à l’envi les secours qu’ils ont reçus, 
dés médecins'prussiens. Nous nous réjouissons 
avec raison de la grande influencé que nos chi¬ 
rurgiens ont eue dans les hôpitaux militaires des 
Russes. Nous nommons avec transport les hom- 



6 


mes sortis de cette école, et qui ont présidé avec 
honneur et succès au service des hôpitaux fran- 
qois, et yprésident encore ! Intimement convam- 
eus que nos travaux calculés^essentiellement sur 
les maux de la guerre, ne saur oient cesser dans: les 
momens où elle exercé ses ravages, nous avons 
travaillé depuis un an avec une nouvelle ardeur 
à tout ce qui pouvoit soutenir un institut d’une 
utilité si prononcée, et nous savons tous qui 
voulut bien, même en faisant les sacrifices les 
plus marquans et uniquement par amour pour'la 
bonne cause, agir avec nous pour le maintien de cet 
établissement et aider à le conserver. Quand 
nous ne trouverions donc aujourd’hui aucun su¬ 
jet de joie hors de nous, la conscience de l'exacti¬ 
tude avec laquelle nous avons rempli tous nos 
devoirs et des obstacles que nous avons eu à vain¬ 
cre, 1® sentiment du bien que nous avons fait à 
l’humanité, et l’espérance d’un avenir moins dur 
et moins pénible sùffiroient pour faire de cet an¬ 
niversaire une fête d’allégresse et de joie. La 
paix qui renait au milieu des peuples n’anime-1-- 
elle pas de nouveau nos justes espérances,. et le 
sort a-t-il jamais trompé dans son espoir et ses 
vœux, celui qui jamais esclave de ce qui l’entou¬ 
re, porte au- dedans de lui la source pure de ses 
espérances et de ses désirs, et qui en sé soumet¬ 
tant aux événemens les domine pourtant , én 
quelque sorte par la pénétration du jugement, la 
fermeté du caractère et la pureté du cœur. —• 
Qui n’auroit donc pas aujourd’hui dès raisons lé¬ 
gitimes de se réjouir, 

lettons quelques regards sur le passé, et fai¬ 
sons connoître l’origine et l’organisation de notre 
établissement aux auditeurs étrangers qui nous 
honorent aujourd’hui de leur présence. 



La pépinière de médecine et de chirurgie a 
été fondée le 2 Août 1795 par le roi défunt iv-ç- 
deric Guillaume II , et étoit composée alors de trois 
chirurgiens: de. l’état - major, de quatre premiers 
chirurgiens et de cinquante élèves qui dévoient 
fournir dans la suite à l’armée un certain nom¬ 
bre de médecins, habiles. 

Deux ans après le 13 Août 1797 elle fut con¬ 
sidérablement étendue* et elle reçut, ainsi que 
son respectable directeur le D. Garke, chirur¬ 
gien-général de l’état-major, les maisons qu’elle 
possède encore, et qui étoient disposés de la ma¬ 
nière la plus favorable. Dans ce moment l’éta¬ 
blissement a, d’après les mesures prises à l’épo¬ 
que indiquée, un curateur., un directeur, un 
premier chirurgien de l’état-major, qui remplit 
les fonctions du directeur en son absente, qua¬ 
tre chirurgiens .de l’état-major, neuf premiers 
-chirurgiens / quatre vingt-dix élèves et un nom¬ 
bre indéterminé de volontaires et de chirurgiens 
de compagnie, que les régîmens envoient en 
teins . de paix, à Berlin pour qu’ils assistent aux 
leçons. 

. C’est du directeur et du premier chirurgien 
de l’état-major que dépend.la direction générale 
de l’institut; les chirurgiens de l’état-major et 
les premiers chirurgiens surveillent les élèves, 
entretiennent dans l’établissement l’ordre mili¬ 
taire établi, assistent avec eux aux cours de le¬ 
çons et aux exercices pratiques, et contribuent 
eux- mêmes par les leçons qu’ilà ; donnent à déve¬ 
lopper les connoissances et les talens de ceux qui 
sont soumis à leur surveillance., jusqu’à ce que 
leur tour-vienne d’être placé dans d|es régimens. 
Cette organisation de l’établissement accoutume 
de bonne heure .nos élèves a l’amour de l’ordre, 



Jl un sage emploi du tems, à l’habitude de s’oc¬ 
cuper utilement par des travaux publics et par¬ 
ticuliers, enfin à tout ce qui tend à les Former à 
une science dont l’utilité se Fait surtout sentir 
dans la vie pratique. 

Les quatre-vingt-dix élèves sont tous su¬ 
jets prussiens; on a le plus grand soin de leur 
faire acquérir toutes les Connoissancés-nécessai¬ 
res pour la guérison des maladies ; pendant cinq 
ans ils sont entretenus dans rétablissement aux 
dépens de l’état, et ensuite placés dans l’armée, 
bu ils sont obligés ' de s’engager à Servir durant 
huit ans. Les volontaires et les chirurgiens de 
compagnie jodissent de tous les avantagés de l’in¬ 
stitut, prennent part aux arrangements domesti¬ 
ques, mais sont obligés de payer leur entretien 
et les leçons, d’après des conventions particuliè¬ 
res faites avec chacun d’eux. Les premiers ne 
sont pas tenus de servir dans l’armée, mais peu¬ 
vent choisir à leur gré le cercle d'activité auquel 
ils veulent se vouer. : 

Le plan d’après lequel les élèves sont in¬ 
struits, n’embrasse pas seulement tout le domai¬ 
ne de la médecine théorétique et pratique , mais 
aussi toutes les connoissancés préliminaires, sans 
lesquelles il ne sauroit y avoir de science solide. 
Nous commençons donc d’abord à leur Faire r Faire 
une étude scientifique de l’Allemand , du Fran¬ 
çois, du Latin et du Polonois, des mathémati¬ 
ques pures et appliquées, de la-logique, de la 
morale, de l’histoire, de la géographie, sous la 
direction de* maîtres particuliers attachés à cet 
effet à l’institut. Si quelqu’un pouvoir douter 
de l’utilité de ces divers objets d’études pour des 
jeunes médecins, je le renverrai à ce que notre 
digne professeur de philosophie a dit un jour à 



ce sujet à cette même place, et daps une Circon¬ 
stance pareille. - . 

De ces connoissances préliminaires nous pas¬ 
sons graduellement à l’étude de l’histoire natu- : 
relie, de la physique et de la chymie, et aux, 
sciences théorétiques et pratiques nécessaires aux 
médecins et aux chirurgiens. Les Professeurs 
du collège de médecine et de chirurgie sont char¬ 
gés de l’enseignement de ces différens objets, Ge 
collège qui depuis‘.près de cent ans a produit 
une suite de savans distingués dans toutes -les 
branches de l’histoire naturelle.et de la médecine, 
et use se mesurer à tous les autres instituts du 
. pays et de l’étranger, fut fondé en 1715. et éten¬ 
du en 1724. Le roi et électeur Frédéric Guil¬ 
laume I. lé destina originairement à former des 
médecins pour l’armée,; et il a rempli durant un 
siècle;sàdestination dans un- degré; éminent, que 
je ne veuxpas; vanter d’avantage > parceque l’hi¬ 
stoire de la-chirurgie pimssienhe en fait suffisam- 
'm&îLt l’éloge, ô et pareequ’on pourrait cto ire,, que 
je veux, en qualité démembre de ce. collège, m’at¬ 
tribuer une partie de cet éloge. Les élèves de.la 
•pépinière assistent, d’après leurs progrès succes¬ 
sifs, à toutes les leçons de3. professeurs de. notre 
société ; ; im premier, chirurgien les accompagne 
“et répéte avec,eux; ce qu’ils ont entendu- L’ar¬ 
rangement est tel, que chaque élève a occasion 
de faire chaqueTCoars deux fois. 

A. côté dè-,ces occupatiGns, .nos élèves sont 
souvent examinés en présence de savans distin¬ 
gués;: et ont ton jours eu le bonheur d’obtenir leur 
approbation ; ondes habitue à mettre leurs pen¬ 
sées par écrit, et on leur montre comment ils pe4- 
- vent'lire avec fruit les ouvrages qui se rapportent 
à leur métier ; la bibliothèque de rétablissement 




leur fournit les écrits dont la lecture peut leur 
être utile. 

Durant les derniers six mois de la cinquième 
année de leur cours, ils sont chargés* de la fonction 
dé chirurgiens d’hôpital dans notre établissement 
de la charité , ils reçoivent à cette occasion des 
leçons pratiques dans l’art de la médecine, de la 
-chirurgie et des accotichemens, et c’est avec ces 
connoissances qu’ils passent ensuite au cercle 
- d’activité qui leur est déterminé d’après leurs dif- 
férentes relations. •• 

De cette manière et d’après,cette marche cet 
établissement, durant les douze ans qu’il sub¬ 
siste, a produit plus de sept cents médecins et 
chirurgiens habiles, ainsi que le prouve le compte 
que j’en rendis d’armée dernière.- Il a donc rempli 
sa destination à un degré qui n’entre en aucune 
comparaison avec ce qu’il en a coûté à l’état, car 
comment les revenus publics peuvent-ils être 
-plus utilement employés qu’à cultiver, et à faire 
fleurir dés sciences, dont l’influence bienfaisante 
se fait sentir également dans la paix et dans 
la guerre. 

Permettez - moi encore de aire quelques mots 
sur les leçons que j’ai l’honneur de donner dans 
cet institut. Je suis chargé des sciences essen¬ 
tielles aux médecins et aux chirurgiens de la Pa¬ 
thologie, de 4 a Séméiotique, de la Thérapie et 
de la chirurgie médicale. Je tiens cours dé cès 
différentes, sciences dans chaque semestre tantôt 
à la fois, tantôt alternativement ; j’y joins encore 
dès leçons particulières sur les poisons, la ma¬ 
tière de traiter ceux qui paroissent morts et sur 
'lés maladies vénériennes. 

v : L,’étendue du domaine que ces différentes 
sciences embrassent aujourd’hui et les connois- 



11 


sances qu’on exige à cet égard et de ceux qui en¬ 
seignent et de ceux qu’on instruit, est telle, qu’il 
u’est pas facile de déterminer les principes d’a¬ 
près lesquels un cours médico - chirurgical doit- 
être organisé , pour bien remplir son but. Cet 
:esprit destructeur et créateur tour à tour, qui a 
changé continuellement depuis une vingtaine 
d’années la géographie de l’Europe, a aussi exercé 
-son empire dans le domaine des sciences et sur¬ 
tout dans celui de la médecine et de la chirurgie. 
De même que chaque année a produit de nouvel¬ 
les géograp.hies et de nouvelles cartes de l’Eu¬ 
rope et -surtout de l’Allemagne; l’Allemagne sur¬ 
tout aussi a produit une telle suite de systèmes 
et de théories en médecine, qu’il en est résulté 
une si grande multitude de partis qu’on peut à 
peine les saisir tous dans leurs diverses ramifica¬ 
tions. Or comme chaque théorie, durant une 
■certaine période, quelque courte qu’elle soit, 
est toujours la seule véritable, et que chaque 
parti, malgré toutes les objections, a toujours rai¬ 
son pendant un certain tems, et prétend être seul 
en possession de la vérité, un maitrepourroit être 
aisément embarassé de savoir, quel système de 
médecine chimique, de la nouvelle doctrine de 
Brown, ou de philosophie naturelle, il doit pré¬ 
senter à ses élèves curieux de s’instruire : car il 
serait aussi impossible que déplacé, de vouloir 
les leur présenter tous, et les juger l’un après 
l’autre. 

Au milieu de cette révolution- perpétuelle de 
systèmes et de théories, qui étënd peu le véritable 
'domaine de la science, et ne lui assure guères de 
progrès réels, Renseignement dans un institut de 
médecine et de chirurgie, ne peitt remplir san but 
que s’il est fondé sur les principes suivants. 


12 


Il faut que nous donnions au jeune médecin 
un apperçu de notre construction organique au 
moyeri duquel il- puisse.reconnoître, juger et ap¬ 
prendre à guérir les différentes.maladies, d’après 
le point de vue actuel de nos véritables con- 
noissances. Car cette guérison est le dernier et 
vrai but de toute notre science théorétique et 
•pratique. C’est des secours réels que lé malade : 
attend et exige de notre art, et non des spécula¬ 
tions, des réflexions ou de longues discussions 
scientifiques sur ses maux, celles-ci ne Sont à 
leur place que dans les écoles des philosophes 
spéculatifs. On a découvert nouvellement dans 
ces écoles que ce n’est ni la méthode sthénique 
ni asthénique qui peut guérir l’inflammation 
des poumons, mais qu’il faut inventer une troi¬ 
sième méthode pour la guérison de cette mala¬ 
die, une méthode à l’abri de toutes les objections. 
L’instruction sur l’inflammation‘depoitrine doit- 
eile se borner à cette découverte? Le maitre qui 
est, convaincu avec quelle précision nous, avons 
juge jusqu’à présent la pneumonie , et , qui sait 
combien de malades ont été, guéri d’après ces 
principes, doit-il dire à ses élèves, que la méthode 
ù laquelle des milliers doivent déjà leur guérie 
-son , n’est pas la;véritablequ’il n’en,existe pas 
encore de plus véritable, à présent, mais que la 
philosophie naturelle la découvrira certaine¬ 
ment dans la suite. Sans-doute que ce mode d’en¬ 
seignement est facile, mais il ne formera guères 
de médecins utiles. 

U ne faut pas mettre par notre instruction 
des entraves à l’intelligence humaine, ne pas lui 
enlever sa susceptibilité à saisir les apperçus plus 
justes que le terns pourra, produire, et ne pas, la 
forcer, à adopter comme règles de foi si j’ose 



m’exprimer ainsi, certaines opinions, certaines 
représentations théorétiques, certaines façons dë 
concevoir qui ne présentent les objets que sous: 
on point de vue. L’instruction, même la meil¬ 
leure et la plus - complette, ne sauroit achever 
l’éducation de l’homme instruit, elle ne peut que 
lui montrer la voie qui conduit au but. Il faut 
que celui qui’veiit y parvenir , parte de l’instru-; 
ction qu’il a reçue , et ait soin par ses propres ré¬ 
flexions, par ses propres recherchés, à faire 
en sorte que sa sciences se Vivifie et se conver¬ 
tisse en une sage pratique, objet essentiel de 
là science et qu’aucune ‘leçon ne sauroit nous 
donner. Tout ce que le mai tre a à faire, est de 
ne pas induire en erreur, de ne pas indiquer de 
faux chemins, et c’est ce qu’il feroit s’il'ne cher- 
choit pas à embrasser son sujet dans toute son 
étendue, et dans les différons degrés de son dé¬ 
veloppement^ s’il, vouloir donner à ses élève» 
comme vraie toute opinion nouvelle qui seroit 
précisément dans les journaux à l’ordre du jour. 
En 1804 on nous parloit d’un restaurateur de la 
médecine (qui apparemment étoit perdue à cette 
époque!) auquel on devoit la gloire d’avoir ré-- 
fabli le. véritable art de guérir. Si un maitre 
avôit saisi cette prétendue médecine véritable et 
l’avoit fait connoitre à. ses élèves, il auroit été 
obligé de lire, à son plus grand étonnement, en? 
1806 que ce restaurateur et sa véritable méde¬ 
cine étoient déjà de nouveau déchus de leur em¬ 
pire. Voilà une belle sciènce qui au bout de 
deux ans est déjà réduite à néant. 

• Une école de médecine ne doit pas être un 
établissement de critique littéraire; c’est au 
jeune médecin à connoitre les objets sur lesquels 
les écoles disputent, mais il ne doit jamais s® 



mêler de disputer sur lés opinions, avant-que ses 
eonnoissances ne soient mûries. Ce seroit une 
méthode très - déplacée de conduire d'abord, 
comme on le fait souvent aujourd’hui, l’élève 
de médecine ou de chirurgie dans l’arène et de 
l’entretenir de querelles sur des opinions qui 
naissent, et sont combattues et oubliés dès leur 
naissance. 

Toute instruction doit-être telle qu’elle porte 
les élèves à réfléchir eux - mêmes. Car celui 
qui pense par lui - même, dût-il se trom- 
pér quelquefois , est pourtant d’un plus grand 
prix pour les sciences que celui, qui est un mo¬ 
dèle dë savoir , mais, dont les eonnoissances se 
bornent à adopter aveuglement ce que les autres 
ont su et cru avant lui. Que jamais un maître 
n’attache au moins de mérite à sé fairè un grand 
nombre de sectateurs qui rendent hommage à 
ses opinions. C’est plutôt à lui à étouffer l’esprit 
de parti, à renverser l’autorité des sectes et des. 
hommes célèbres, et à ne faire adopter par ses 
auditeurs comme vraies que les opinions fondées 
sur la raison et sur leur utilité pratique, sans 
s’embarasser quelle école les a mises en avant ou 
quel savant les a débitées le premier. 

Il faut que nos leçons ne tendent qu’à répan¬ 
dre des eonnoissances solides et des idées vraies 
et non des formules inutiles et des mots vides de 
sens, par lesquels les demi-sa vans de nos jours 
aiment à masquer leur ignorance. On a créé, il 
n’y a pas long-tems, une multitude de termes ét 
de façons de parler, qui désignent des notions 
connues, mais qui n’ont pas toujours le mérite 
d’être meilleurs et plus exacts que les anciennes; 
expressions ; on a mis pins souvent encore des! 
mots et des formules à. la place des idées, afin 



L 5 

de cacher les lacunes de nos connoissances. Tel 
Groit avoir une idée juste d’une chose, mais en 
y regardant de près, il’voit qu’on ne lui a donné 
qu’un mot. Souvent même au faite de la 
science où quelques - uns prétendent s’élever, 
on s’en tient à de pareils mots, et l’on croit 
être, comme les anciens adeptes, en possession 
d’une plus haute sagesse, qui n’est intelligible 
que pour ceux qui ont été initiés dans ces my¬ 
stères de science. / Cette médecine nominale 
contre laquelle Frédéric Hoffmann s’étoit déjà dé¬ 
claré , mais qui de nos jours a fait des progrès 
si redoutables, rend l’étude de notre science tou¬ 
jours, plus diiScile, charge inutilement, la mé¬ 
moire de mots, tandisquél’esprit est sans idées, 
et la science, qui devroit répandre ses bienfaits 
sur le genre humain, devient une vaine déclama¬ 
tion composée de formules poétiques. Que ja¬ 
mais nos leçons ne. favorisent de telles erreurs 
auxquelles la science ne sauroit rien gagner, et 
qui seroient sur- tout dangereuses ici où l’on for¬ 
me des médecins pour le monde et non pour 
les écoles. 

Ce sont là les principaux généraux d’après 
lesquels l’esprit du siècle exige que l’enseigne¬ 
ment soit organisé dans une école de médecine 
et de chirurgie. Il faut sans doute que le maitre 
qui suit la marche indiquée renonce à l’espoir 
d’obtenir les suffrages de tout le monde; mais 
l’intime conviction de ce que l’art de la médecine 
peut être et doit être pour l’humanité souf¬ 
frante, doit l’élever au-dessus de toutes lés petites 
critiques des sectes et des partis, qui d’ordinaire 
ne sont animés que par L’ignorance, les préju¬ 
gés, le fanatisme ou l’intérêt propre , en général 
par les foiblesses et les passions humaines, 


Réunissons donc tous nos efforts pour coiitû- 
ijuer à tendre vers le véritable but; le génie de 
Inhumanité,- dont nous cherehons à guérir les 
liiaux, sourira à nos travaux, nous trouverons 
au - dedans de nous l’approbation dé nos cœurs/ 
nous nous ferons des amis hors de nous, et Tan* 
liée prochaine le jour anniversaire de la fonda¬ 
tion de cet établissement luira pour nous, sous> 
dès auspices plus heureux, il n’est personne 
sans-doute'dans cette assemblée qui ne nourrisse 
cette douce espérance. Aujourd’hui nous ren- ; 
fermons tranquillement ces espérances au fond 
de nos âmes, mais le sort, qui domine tous les 
evénemens de ce monde , les pèsera dans la ba¬ 
lance de l’équité.